En bref
- En optique, rejoindre un réseau recouvre trois situations différentes : la franchise, la coopérative de commerçants et la simple adhésion à une centrale d’achat, sans enseigne commune. Optic 2000, Krys et Atol relèvent du modèle coopératif ; Alain Afflelou, Générale d’Optique ou Lissac proposent des contrats de franchise.
- Le réseau qui met à votre disposition un nom commercial, une marque ou une enseigne en exigeant une exclusivité ou une quasi-exclusivité doit vous remettre un document d’information précontractuelle (DIP) et le projet de contrat au moins vingt jours avant la signature, ou avant toute somme exigée avant la signature. Une coopérative peut y être soumise lorsqu’elle impose une telle exclusivité.
- La plupart des enseignes ne publient pas leurs conditions financières : vous les trouverez dans le projet de contrat remis avec le DIP. Les chiffres qui circulent sur les annuaires de franchise varient fortement d’une source à l’autre.
- Chez les réseaux qui publient leurs conditions, les sommes périodiques (redevances ou cotisations) sont exprimées en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes, avec parfois une part fixe annuelle : elles s’ajoutent à vos charges et relèvent votre seuil de rentabilité.
- Dans un contrat conclu avec un réseau pour l’exploitation d’un magasin, une clause qui restreint votre activité après la fin du contrat est réputée non écrite, sauf si elle remplit quatre conditions cumulatives, dont une durée d’un an au plus.
- La délivrance des verres correcteurs est réservée à un opticien-lunetier autorisé à exercer. Depuis 2014, le Code de la santé publique n’impose plus que le gérant de la société soit lui-même opticien.
- Le droit d’entrée, les redevances et les parts de coopérative ne se comptabilisent pas de la même manière : les redevances et cotisations sont des charges, les parts une immobilisation financière, et le traitement du droit d’entrée dépend des clauses de durée et de renouvellement de votre contrat.
Rejoindre un réseau change votre budget d’ouverture, votre marge et vos obligations pendant toute la durée du contrat. Que vous visiez une franchise optique ou une coopérative, il faut savoir, avant de comparer des enseignes, ce que vous signez, ce que vous paierez chaque mois et comment ces sommes entreront dans votre prévisionnel financier.
Cet article complète le guide ouvrir un magasin d’optique : budget et financement. Il ne compare pas les enseignes entre elles : il vous donne la méthode pour lire leurs propositions.
Franchise, coopérative, centrale d’achat : quelle différence ?
La différence porte sur votre statut vis-à-vis de la tête de réseau. En franchise, vous êtes lié au franchiseur par un contrat, sans être associé de sa société. En coopérative, vous êtes à la fois associé et client de la structure qui porte l’enseigne.
La franchise
Le franchiseur met à votre disposition une marque, une enseigne et un savoir-faire. En contrepartie, vous versez en général un droit d’entrée puis des redevances périodiques. Le franchiseur reste une société commerciale indépendante de vous : vous n’avez pas de droit de vote sur ses décisions. C’est le modèle proposé par exemple par Alain Afflelou ou Générale d’Optique.
La coopérative de commerçants détaillants
Le Code de commerce définit la coopérative de commerçants détaillants comme une société qui a pour objet d’améliorer, « par l’effort commun » de ses associés, les conditions dans lesquelles ceux-ci exercent leur activité commerciale (article L124-1). C’est une société à capital variable, constituée sous forme de société anonyme ou de société à responsabilité limitée (article L124-3).
En pratique, vous souscrivez des parts sociales et vous versez des cotisations. Vous participez aux assemblées : selon l’analyse de l’Ordre, chaque adhérent y dispose du même droit de vote, quelle que soit la taille de son entreprise.
Les têtes de réseau d’Optic 2000 (Groupement d’achats des opticiens lunetiers, GADOL), de Krys (Guilde des Lunetiers) et d’Atol sont enregistrées sous une forme de société anonyme coopérative dans le répertoire des entreprises. Rejoindre Krys n’est donc pas prendre une franchise Krys : vous adhérez à une coopérative. L’analyse sectorielle publiée par l’Ordre des experts-comptables en mars 2025 indique que les coopératives représentent plus d’un quart des magasins et environ un tiers du marché.
La centrale d’achat, sans enseigne commune
Certains opticiens indépendants adhèrent seulement à une centrale d’achat. Ils conservent leur nom mais bénéficient de conditions d’approvisionnement négociées.
Enseigne et réseau de soins : deux choses différentes
L’enseigne que vous rejoignez n’est pas un réseau de soins. Les réseaux de soins reposent sur des conventions conclues entre des organismes complémentaires santé et des professionnels de santé (Code de la sécurité sociale, article L863-8). L’analyse de l’Ordre relève que ces réseaux (Kalixia, Itelis, Santéclair, etc.) durcissent les conditions imposées à leurs opticiens partenaires, avec des baisses tarifaires « parfois drastiques » dans les nouveaux cahiers des charges. Demandez au réseau d’enseigne s’il négocie avec ces réseaux de soins pour ses membres, et chiffrez l’effet des conditions tarifaires que vous accepteriez.
Ce que pèsent ces modèles
| Modèle | Part du parc de magasins | Part du marché |
|---|---|---|
| Coopératives (Atol, Krys, Optic 2000…) | plus d’un quart | environ un tiers |
| Succursalistes et franchisés | un peu moins de 20 % | environ un tiers du chiffre d’affaires |
| Indépendants | environ la moitié | non précisé par la source |
Source : analyse sectorielle Optique, Conseil national de l’Ordre des experts-comptables, mars 2025. Le secteur comptait 13 051 établissements d’au moins un salarié en 2023, selon l’Acoss.
Point de vigilance : ne vous fiez pas au vocabulaire d’un annuaire de franchise, ni même à celui d’un réseau. Plusieurs annuaires présentent des coopératives comme des franchises, et les mots « droit d’entrée » ou « redevance » ne suffisent pas à qualifier un contrat. Le statut exact se lit dans le DIP et dans les statuts de la tête de réseau.
Faut-il être opticien diplômé pour ouvrir un magasin sous enseigne ?
Non pour diriger la société, oui pour délivrer les verres. La délivrance de verres correcteurs et de lentilles de contact correctrices est réservée aux personnes autorisées à exercer la profession d’opticien-lunetier (Code de la santé publique, article L4362-9). L’opticien doit être enregistré avant d’exercer ; cette procédure est sans frais (article L4362-1).
Depuis la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014, le Code de la santé publique n’exige plus que le gérant ou le président de la société exploitante soit lui-même opticien. Un porteur de projet non diplômé peut donc s’associer à un opticien ou en salarier un. Un réseau peut, en revanche, poser ses propres conditions : certains exigent que le candidat soit diplômé.
Si le magasin adhère à la convention nationale des opticiens avec l’Assurance Maladie, condition pour pratiquer le tiers payant, son article 15 exige « la présence effective et permanente d’au moins un professionnel opticien à toutes les heures d’ouverture du local professionnel au public ». Vos horaires d’ouverture et votre masse salariale prévisionnelle doivent en tenir compte.
Bon à savoir : la réfraction doit être réalisée dans l’enceinte du magasin ou dans un local attenant, dans des conditions d’isolement qui garantissent la confidentialité (article D4362-18). Prévoyez cet espace dans le plan d’agencement que vous proposera l’enseigne.
Que doit contenir le DIP, et quand le recevoir ?
Le DIP doit vous être remis, avec le projet de contrat, au moins vingt jours avant la signature. Si le réseau vous demande une somme avant la signature, par exemple pour réserver une zone, le DIP doit vous être remis au moins vingt jours avant ce versement (Code de commerce, article L330-3).
Cette obligation pèse sur toute personne qui met à votre disposition un nom commercial, une marque ou une enseigne en exigeant un engagement d’exclusivité ou de quasi-exclusivité pour l’exercice de votre activité. La Cour de cassation l’a appliquée à une coopérative de commerçants dont l’adhérent était tenu d’un engagement de quasi-exclusivité (Cass. com., 19 janvier 2010, n° 09-10.980).
L’article R330-1 du Code de commerce fixe son contenu. Le document doit notamment indiquer :
- l’identité de la tête de réseau, sa forme juridique, ses dirigeants et son capital ;
- la date et le numéro d’enregistrement de la marque, ou la durée de la licence dont elle dispose ;
- l’historique de l’entreprise, l’expérience de ses dirigeants, l’état général et local du marché et ses perspectives de développement ;
- les comptes annuels des deux derniers exercices de la tête de réseau, en annexe ;
- la liste des magasins du réseau, l’adresse des exploitants liés par des contrats de même nature que le vôtre avec la date de conclusion ou de renouvellement de leur contrat (pour un réseau de plus de cinquante exploitants, les cinquante plus proches de votre projet), ainsi que le nombre de magasins qui l’ont quitté au cours de l’année précédente, en précisant si leur contrat est arrivé à expiration, a été résilié ou annulé ;
- la présence éventuelle, dans votre zone, d’établissements qui proposent les mêmes produits avec l’accord du réseau ;
- la durée du contrat, les conditions de renouvellement, de résiliation et de cession, le champ des exclusivités ;
- la nature et le montant des investissements spécifiques à l’enseigne que vous devrez engager avant l’ouverture.
Les redevances et cotisations, elles, figurent dans le projet de contrat remis en même temps. Ne pas remettre le DIP dans le délai est puni de l’amende prévue pour les contraventions de cinquième classe (article R330-2).
Ce qu’il faut faire du DIP
Les vingt jours servent à travailler, pas à attendre. Trois lectures sont utiles :
- La lecture financière : comptes de la tête de réseau, sommes exigées à l’entrée, redevances et cotisations, investissements imposés.
- La lecture du réseau : nombre de sorties sur un an rapporté au nombre de magasins, magasins de l’enseigne déjà présents dans votre zone.
- La lecture du contrat : durée, renouvellement, exclusivité, approvisionnement, clauses de sortie et de non-concurrence.
Le DIP vous donne l’adresse d’exploitants déjà installés : rien ne vous empêche d’en contacter plusieurs pour leur demander leur expérience du réseau.
Les questions à poser au réseau
- Le contrat est-il une franchise ou une adhésion coopérative, et quels documents (contrat, statuts, règlement intérieur) le régissent ?
- Quelles sommes sont dues avant l’ouverture, à quelle date, et sont-elles remboursables si le projet n’aboutit pas ?
- Sur quelle assiette et selon quel barème les redevances ou cotisations sont-elles calculées ? Une part fixe est-elle due dès la première année ?
- Quels investissements sont imposés avant l’ouverture, et lesquels le seront lors d’un changement de concept ?
- Les achats auprès de la centrale sont-ils soumis à des minimums, et à quelles conditions les remises de fin d’année sont-elles acquises ?
- Le réseau négocie-t-il avec des réseaux de soins pour ses membres ?
- Combien de magasins ont quitté le réseau l’an dernier, et pour quel motif ?
Point de vigilance : les chiffres d’affaires prévisionnels que peut vous présenter un réseau ne remplacent pas votre propre prévisionnel. La Cour de cassation a jugé qu’une erreur substantielle sur la rentabilité, née de prévisions trop optimistes fournies par le franchiseur, peut justifier l’annulation du contrat (Cass. com., 4 octobre 2011, n° 10-20.956), et elle a approuvé une telle annulation lorsque les chiffres prévisionnels étaient exagérément optimistes au regard du chiffre d’affaires réalisé, sans faute de gestion du franchisé (Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-19.047). Ces décisions portent sur des cas d’espèce : chaque situation s’apprécie au regard des faits.
Dans quel ordre avancer ?
Le calendrier dépend du réseau, du local, du financement et des formalités. Un seul délai est fixé par la loi : vingt jours au moins entre la remise du DIP et du projet de contrat et la signature ou le versement de toute somme exigée avant elle (article L330-3). Voici un ordre de travail qui respecte ce prérequis :
- Premiers contacts avec plusieurs réseaux : demandez leur statut (franchise ou coopérative) et leurs conditions d’accès.
- Étude de votre zone : le DIP présente l’état du marché, mais il ne remplace pas votre propre analyse de la zone de chalandise (voir l’étude de marché d’un magasin d’optique).
- Remise du DIP et du projet de contrat : ne versez aucune somme de réservation avant de les avoir reçus.
- Lecture du DIP et prévisionnel : intégrez les sommes d’entrée, les redevances ou cotisations et les investissements imposés dans votre prévisionnel financier.
- Rendez-vous bancaires, avec ce prévisionnel.
- Signature du contrat, au plus tôt vingt jours après la remise du DIP.
- Local, travaux, société et formalités d’ouverture, dont l’enregistrement de l’opticien et les démarches auprès de l’Assurance Maladie pour pratiquer le tiers payant.
Point de vigilance : vingt jours est un minimum légal, pas un délai de travail. Prévoyez dans votre planning le temps de faire relire le DIP et de présenter votre prévisionnel à la banque avant de signer.
Combien coûte l’ouverture d’une franchise optique ou l’entrée en coopérative ?
Le coût d’entrée se compose de trois blocs : les sommes d’entrée (droit d’entrée en franchise, parts sociales en coopérative), les investissements imposés par l’enseigne (agencement, matériel, stock), puis les redevances ou cotisations versées chaque année. Leur montant exact figure dans le DIP et dans le projet de contrat. La plupart des enseignes ne publient pas ces conditions sur leur site : elles les transmettent après un premier contact.
Parmi les sites que nous avons consultés le 17 octobre 2026, ceux de Visual et de Krys Group en affichent une partie. Pour Krys Group, la période de validité indiquée est close :
| Réseau | Ce que le réseau affiche | Ce qu’il n’affiche pas |
|---|---|---|
| Visual (réseau qui se présente comme une coopérative d’opticiens indépendants) | « redevance » de 2,50 % du CA HT, selon le terme employé par le réseau ; 1,5 % du CA consacré au budget publicitaire, présenté comme redistribué intégralement en faveur de l’opticien | sommes à verser à l’entrée, apport, investissement, durée |
| Krys (coopérative Krys Group) | 1 500 € de capital à souscrire ; cotisation de fonctionnement de 3 416 € par an et par point de vente, plus une part variable dégressive de 1,62 % à 0,15 % du CA HT ; cotisation d’enseigne de 4 210 € par an et par point de vente, plus une part variable dégressive de 3,64 % à 1,75 % du CA HT ; CA minimum de 350 000 € HT ; agencement du magasin obligatoire | coût de l’agencement, apport attendu |
| Collectif des Lunetiers (coopérative Krys Group) | 1 500 € de capital à souscrire ; cotisation de fonctionnement de 3 416 € par an et par point de vente, plus une part variable dégressive de 1,62 % à 0,15 % du CA HT ; cotisation d’enseigne variable dégressive de 1,62 % à 0,51 % du CA HT, remboursée si elle est investie en communication locale pilotée par l’enseigne ; CA minimum de 180 000 € HT ; CA de référence de 127 000 € HT pour calculer les cotisations de la première année | coût du concept magasin, apport attendu |
Sources : pages « Rejoindre les opticiens Visual », « Adhérer à Krys » et « Adhérer au Collectif des Lunetiers », consultées le 17 octobre 2026.
Point de vigilance : Krys Group indique que les conditions de Krys et du Collectif des Lunetiers valent pour la métropole et pour les dossiers d’adhésion validés entre le 1ᵉʳ octobre 2021 et le 30 septembre 2026. Cette période est close : demandez au réseau les conditions applicables à votre dossier. Ces montants montrent comment les sommes demandées sont construites ; ils ne valent pas offre.
Pour les autres enseignes, les montants relayés par les annuaires de franchise divergent souvent d’une source à l’autre pour le même réseau, sans date ni référence. Nous ne les reprenons pas. Demandez le DIP et le projet de contrat, et faites chiffrer l’offre réelle.
Les postes à faire chiffrer
Quel que soit le réseau, votre budget d’ouverture se décompose en postes que le DIP, le projet de contrat et le devis de l’enseigne doivent permettre de chiffrer :
- les sommes d’entrée : droit d’entrée en franchise, parts sociales en coopérative ;
- l’agencement imposé par le concept de l’enseigne ;
- le matériel de réfraction et d’atelier ;
- le stock initial de montures, de verres et de solaires ;
- le droit au bail ou le prix du fonds de commerce, et le dépôt de garantie ;
- la trésorerie de démarrage, qui doit couvrir le besoin en fonds de roulement.
L’analyse de l’Ordre donne un ordre de grandeur pour l’aménagement : entre 400 et 1 300 € par mètre carré pour un indépendant, entre 800 et 1 500 € par mètre carré pour un magasin sous enseigne. Ce repère décrit une fourchette observée, pas le devis de votre projet.
Stock et besoin en fonds de roulement
Pour les plus petites sociétés du secteur, l’analyse de l’Ordre relève en 2023 un besoin en fonds de roulement de 51 jours de chiffre d’affaires et une rotation des stocks de 212 jours d’achats. Elle souligne que le stock est le principal composant de ce besoin, et que les volumes minimums d’achats qui conditionnent certaines ristournes peuvent gonfler les stocks. Ces moyennes décrivent un échantillon : elles ne remplacent pas votre calcul. Interrogez donc le réseau sur le stock initial qu’il préconise et sur ses minimums d’achats.
Comment les redevances pèsent-elles sur votre prévisionnel ?
Une redevance assise sur le chiffre d’affaires se comporte comme un coût variable : elle augmente avec vos ventes. Une cotisation forfaitaire annuelle est une charge fixe : elle reste due même si l’activité démarre lentement.
Lisez aussi la base de calcul de la première année. Si le réseau calcule les cotisations de l’année d’ouverture sur un chiffre d’affaires de référence, comme le fait Krys Group, leur montant ne suit pas vos ventes réelles : inscrivez-le en charge fixe dans votre prévisionnel et faites confirmer ce mode de calcul. Une cotisation présentée comme remboursable sous condition reste une charge tant que la condition n’est pas remplie.
Prenons un cas construit pour l’exemple. Un magasin réalise 300 000 € de chiffre d’affaires hors taxes. Une redevance de 2,50 % représente 7 500 € par an. Une contribution publicitaire de 1,5 % ajoute 4 500 €. Le total, 12 000 € par an, doit être couvert par la marge du magasin avant toute rémunération du dirigeant. Certains réseaux annoncent réinvestir tout ou partie de la contribution publicitaire dans la communication locale de votre magasin. Elle reste alors une sortie de trésorerie et une charge, mais elle finance une communication que vous auriez sans doute dû payer par ailleurs : tenez-en compte en comparant les offres, et vérifiez dans le contrat qui décide de son utilisation.
Bon à savoir : pour mesurer l’effet d’une redevance, calculez-la sur le chiffre d’affaires de votre scénario prudent, pas sur celui de votre scénario central. Vérifiez ensuite si votre seuil de rentabilité reste atteignable.
L’adhésion à un réseau a aussi des effets favorables, qu’il faut chiffrer de la même manière : conditions d’achat négociées par la centrale, communication nationale, outils de gestion. L’analyse de l’Ordre, citant des données Xerfi, relève une marge, rapportée au chiffre d’affaires, supérieure de près de 1,5 point chez les opticiens sous enseigne par rapport aux opticiens sans enseigne. Cette marge se mesure avant redevances et cotisations : comparez cet écart au coût des redevances de votre contrat, ne l’ajoutez pas. C’est une moyenne : seuls le contrat et les conditions d’achat réelles permettent d’en juger pour votre projet.
Et si vous ouvrez sans enseigne ?
Les indépendants représentent environ la moitié des magasins d’optique. L’analyse de l’Ordre relève qu’ils souffrent d’un déficit de notoriété et de conditions d’approvisionnement moins favorables que les opticiens sous enseigne, et que leur part de marché s’est dégradée ces dernières années. En contrepartie, l’aménagement y est moins coûteux selon la même source, et vous ne versez ni redevance ni cotisation d’enseigne. Pour comparer, chiffrez les deux scénarios dans le même prévisionnel : coût d’entrée, sommes annuelles versées au réseau et écart de marge attendu.
Comment comptabiliser le droit d’entrée, les redevances et les parts ?
Les trois sommes n’ont pas la même nature. Leur traitement se décide à la lecture du contrat, dès sa signature et au plus tard avant la première clôture.
Le droit d’entrée
Le droit d’entrée rémunère l’accès au réseau et à ses droits pour la durée du contrat. Sur le plan comptable, il s’inscrit en principe en immobilisation incorporelle. Il s’amortit sur la durée du contrat lorsque cette durée est limitée ; à défaut, il n’est pas amorti mais sa valeur est contrôlée à chaque clôture.
Sur le plan fiscal, l’amortissement n’est déductible que s’il est normalement prévisible, dès l’origine, que les effets bénéfiques de l’élément prendront fin à une date déterminée (BOFiP, BOI-BIC-AMT-10-20). Un contrat à durée fixe, sans renouvellement automatique, va en ce sens. Un contrat reconductible tacitement le rend plus difficile. Les traitements comptable et fiscal peuvent donc différer.
Si une partie du droit d’entrée rémunère des prestations distinctes, comme une formation initiale ou une assistance au démarrage, cette partie peut, selon le contrat, constituer une charge.
Point de vigilance : le traitement du droit d’entrée dépend des clauses de durée et de renouvellement de votre contrat. Faites-le valider avant de l’inscrire dans votre prévisionnel, car il modifie votre résultat et votre impôt sur plusieurs exercices.
Les redevances et cotisations périodiques
Les redevances de franchise, les cotisations versées à une coopérative et les contributions publicitaires sont des charges de l’exercice auquel elles se rapportent, même lorsque la facture arrive après la clôture : on constate alors une charge à payer. Lorsqu’une cotisation peut vous être remboursée sous condition, faites préciser son traitement à la lecture du contrat.
Les parts sociales de coopérative
Les parts souscrites lors de l’adhésion à une coopérative ne sont pas une charge. Elles constituent une immobilisation financière, inscrite à l’actif de votre bilan et non amortie. Une dépréciation n’est constatée que si leur valeur devient inférieure à leur coût.
Les factures récapitulatives des coopératives
Les factures récapitulatives mensuelles des coopératives peuvent regrouper des natures différentes : marchandises, mais aussi publicité, location d’enseigne, redevances de crédit-bail ou agencements, comme le relève l’analyse de l’Ordre. Chaque ligne doit être ventilée dans le bon compte, sinon votre marge commerciale est faussée (voir lire les comptes d’un magasin d’optique).
Les remises et ristournes obtenues sur vos achats, y compris celles de fin d’année, réduisent le coût d’achat des marchandises. Lorsqu’une ristourne est acquise à la date de clôture, même si son montant n’est pas encore définitivement arrêté, elle se rattache à l’exercice des achats correspondants : on constate alors un produit à recevoir. Une ristourne dont la condition n’est remplie qu’après la clôture ne se rattache pas à l’exercice clos. La part qui porte sur des marchandises encore en stock à la clôture réduit la valeur de ce stock.
Quelles clauses du contrat lire avant de signer ?
Six points décident de votre liberté : l’exclusivité territoriale, l’approvisionnement, l’échéance commune des contrats, la non-concurrence après la fin du contrat, la durée et la sortie, la cession.
L’exclusivité territoriale et l’approvisionnement
Votre protection sur une zone est celle que le contrat définit, et seulement celle-là. Vérifiez ce qu’elle couvre exactement : son périmètre, sa durée, les conditions de son maintien, et si elle vise les autres magasins de l’enseigne, les autres enseignes du même groupe ou la vente en ligne. Vérifiez aussi la part de vos achats que vous devez réaliser auprès de la centrale du réseau, et si vous restez libre de référencer d’autres fournisseurs. Ces deux clauses pèsent directement sur votre chiffre d’affaires et sur votre marge.
L’échéance commune des contrats
Lorsque vous signez avec le même réseau plusieurs contrats qui ont pour but commun l’exploitation de votre magasin, ils doivent prévoir une échéance commune, et la résiliation de l’un vaut résiliation de l’ensemble (Code de commerce, article L341-1). Cette règle ne s’applique pas au bail commercial, aux contrats d’association, ni aux contrats de société civile, commerciale ou coopérative : votre engagement d’associé coopérateur y échappe donc.
La non-concurrence après la fin du contrat
Dans les contrats visés à l’article L341-1, une clause qui restreint votre liberté d’exercer après la fin du contrat est réputée non écrite, sauf si celui qui l’invoque prouve qu’elle remplit quatre conditions cumulatives (article L341-2) :
- elle concerne des biens et services en concurrence avec ceux du contrat ;
- elle est limitée aux terrains et locaux à partir desquels vous exerciez pendant le contrat ;
- elle est indispensable à la protection d’un savoir-faire substantiel, spécifique et secret transmis dans le cadre du contrat ;
- sa durée n’excède pas un an après l’échéance ou la résiliation du contrat.
Selon la lettre du texte, ces règles ne visent pas votre engagement d’associé dans une coopérative, mais les autres contrats conclus avec le réseau pour l’exploitation de votre magasin. Faites vérifier, contrat par contrat, ceux qui sont concernés.
La durée, le renouvellement et la sortie
Vérifiez la durée initiale, les modalités de renouvellement, les cas de résiliation anticipée et leurs conséquences financières.
En coopérative, lisez aussi les conditions de retrait. Le remboursement des parts suit les statuts et les règles du Code de commerce, qui varient selon l’activité de la coopérative. Surtout, l’associé qui quitte la coopérative reste tenu pendant cinq ans, envers elle et envers les tiers, des obligations existant à la clôture de l’exercice de son départ, et la coopérative peut retenir tout ou partie des sommes qu’elle lui doit pour garantir ces obligations (article L124-11).
La cession et l’agrément
Si vous envisagez de revendre un jour, lisez les clauses de cession. Le contrat est en général conclu en considération de votre personne : son transfert à votre acquéreur suppose le plus souvent l’accord du réseau. Sans cet accord, votre acquéreur ne reprendra pas l’enseigne.
En coopérative, les statuts peuvent vous obliger à informer la coopérative avant de céder votre fonds de commerce, plus de 50 % des parts ou actions de la société qui l’exploite, ou le bien immobilier dans lequel il est exploité. La coopérative dispose alors de trois mois pour présenter une offre d’acquisition, et une cession faite sans cette information peut être annulée par le tribunal (Code de commerce, article L124-4-1).
Reprendre un magasin déjà sous enseigne
Si vous rachetez un magasin qui appartient déjà à un réseau, demandez au cédant, avant de fixer le prix du fonds :
- le contrat, ou les statuts et le règlement de la tête de réseau, avec la durée restante et les conditions de renouvellement ;
- les conditions d’agrément d’un repreneur ;
- en coopérative, ce que deviennent ses parts sociales et les parts que vous devrez souscrire ;
- les relevés de redevances ou de cotisations et les factures récapitulatives des derniers exercices ;
- l’état du stock à la date de cession et les remises de fin d’année attachées aux achats déjà réalisés ;
- la liste des salariés et de leurs contrats : en cas de vente du fonds, les contrats de travail en cours subsistent avec le nouvel employeur (Code du travail, article L1224-1).
Quel apport la banque attend-elle ?
L’apport attendu dépend du réseau, du montant total du projet et de la banque. Il n’existe pas de règle légale.
L’analyse de l’Ordre retient, comme principe de sécurité financière, que les fonds propres couvrent environ 40 % des financements extérieurs. C’est un repère d’équilibre, pas le seuil de votre banque.
Prenons un cas construit pour l’exemple. Avec 60 000 € de fonds propres, ce repère correspond à environ 150 000 € de financements extérieurs (60 000 ÷ 0,40), soit un projet d’environ 210 000 € au total. L’analyse de l’Ordre cite, d’après Xerfi, un coût d’ouverture d’un point de vente d’optique d’un peu plus de 400 000 €. C’est une moyenne, qui varie selon le lieu, la surface, le mode d’ouverture et l’adhésion ou non à une enseigne. Si votre projet dépasse ce que votre apport permet de financer selon ce repère, l’écart se travaille avant de rencontrer la banque : projet plus petit, reprise, associé, prêts d’honneur.
Pour renforcer vos fonds propres, plusieurs leviers existent : apport personnel, apport d’un associé, prêts d’honneur accordés à titre personnel au créateur, qu’il apporte ensuite au capital de la société. Certains réseaux disposent aussi d’accords avec des établissements bancaires : demandez-le lors de vos premiers échanges.
Votre dossier bancaire doit contenir un prévisionnel construit sur vos propres hypothèses, qui intègre les redevances et les investissements imposés par l’enseigne. La méthode est détaillée dans notre série business plan opticien.
Se faire accompagner
Le choix d’un réseau appartient au porteur de projet. La lecture financière du DIP et du projet de contrat, l’intégration des redevances dans le prévisionnel et le traitement comptable des sommes d’entrée demandent en revanche une analyse chiffrée.
Capway Finance propose une mission d’analyse financière d’un projet d’ouverture sous enseigne : lecture des éléments chiffrés du DIP et du contrat, construction du prévisionnel intégrant les redevances et les investissements imposés, préparation du dossier bancaire.
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Sources
Ces sources sont citées en clair : retrouvez-les par leur intitulé sur les sites officiels correspondants.
- Légifrance — Code de commerce, articles L330-3, R330-1 et R330-2 (information précontractuelle)
- Légifrance — Code de commerce, articles L341-1 et L341-2 (réseaux de distribution)
- Légifrance — Code de commerce, articles L124-1, L124-3, L124-4-1 et L124-11 (coopératives de commerçants détaillants)
- Légifrance — Code de la santé publique, articles L4362-1, L4362-9 et D4362-18 (opticien-lunetier)
- Légifrance — Code de la sécurité sociale, article L863-8 (conventions entre organismes complémentaires et professionnels de santé)
- Légifrance — Code du travail, article L1224-1
- Légifrance — Convention nationale des opticiens, rendue applicable par l’arrêté du 24 juin 2022, article 15
- Cour de cassation, chambre commerciale, 19 janvier 2010, n° 09-10.980
- Cour de cassation, chambre commerciale, 4 octobre 2011, n° 10-20.956
- Cour de cassation, chambre commerciale, 12 juin 2012, n° 11-19.047
- BOFiP — BOI-BIC-AMT-10-20 (amortissement des éléments incorporels)
- Conseil national de l’Ordre des experts-comptables — Analyse sectorielle Optique, mars 2025
- Visual — page « Rejoindre les opticiens Visual », consultée le 17 octobre 2026
- Krys Group — pages « Adhérer à Krys » et « Adhérer au Collectif des Lunetiers », consultées le 17 octobre 2026
Article rédigé par Zouhair Habbach, expert-comptable inscrit au tableau de l’Ordre des experts-comptables, région Paris Île-de-France, fondateur de Capway Finance, cabinet d’expertise comptable qui accompagne les opticiens et les audioprothésistes. Contenu à portée informative générale : il ne remplace pas une analyse adaptée à votre projet.
Questions fréquentes
Un non-opticien peut-il diriger un magasin d’optique en franchise ?
Oui. Depuis la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014, le Code de la santé publique n’exige plus que le gérant ou le président de la société exploitante soit opticien. En revanche, la délivrance de verres correcteurs et de lentilles de contact correctrices reste réservée aux personnes autorisées à exercer la profession d’opticien-lunetier (article L4362-9) : le magasin doit donc s’appuyer sur un opticien, associé ou salarié. Si le magasin pratique le tiers payant dans le cadre de la convention nationale des opticiens, un opticien doit être présent pendant toutes les heures d’ouverture. Certains réseaux exigent par ailleurs que le candidat soit lui-même diplômé.
Optic 2000, Krys et Atol sont-ils des franchises ?
Non. Leurs têtes de réseau sont des sociétés coopératives : l’opticien qui les rejoint en devient associé, souscrit des parts sociales et verse des cotisations. Les enseignes comme Alain Afflelou, Générale d’Optique ou Lissac proposent, elles, des contrats de franchise.
Combien de temps avant la signature doit-on recevoir le DIP ?
Au moins vingt jours avant la signature du contrat, ou avant le versement de toute somme exigée avant la signature, par exemple pour réserver une zone. Le document d’information précontractuelle et le projet de contrat sont dus par tout réseau qui met à votre disposition un nom commercial, une marque ou une enseigne en exigeant de vous une exclusivité ou une quasi-exclusivité pour l’exercice de votre activité (article L330-3 du Code de commerce).
Le DIP s’applique-t-il aussi aux coopératives d’opticiens ?
Oui, lorsque la coopérative met son enseigne à disposition en exigeant une exclusivité ou une quasi-exclusivité. La Cour de cassation l’a jugé pour une coopérative de commerçants dont l’adhérent était tenu d’une quasi-exclusivité (Cass. com., 19 janvier 2010, n° 09-10.980).
Une clause de non-concurrence peut-elle m’empêcher de rouvrir après la fin du contrat ?
En principe non. Dans un contrat conclu avec un réseau pour l’exploitation d’un magasin de commerce de détail, une clause qui restreint votre activité après la fin du contrat est réputée non écrite, sauf si celui qui s’en prévaut prouve qu’elle remplit quatre conditions cumulatives : elle porte sur des biens et services en concurrence avec ceux du contrat ; elle est limitée aux terrains et locaux à partir desquels vous exerciez pendant le contrat ; elle est indispensable à la protection d’un savoir-faire substantiel, spécifique et secret transmis dans le cadre du contrat ; sa durée n’excède pas un an après la fin du contrat (article L341-2 du Code de commerce). Même valable, elle ne vise donc que le local où vous exerciez, et pour un an au plus. Selon la lettre du texte, cette règle ne vise pas le contrat de société coopérative.
Les redevances se calculent-elles sur le chiffre d’affaires HT ou TTC ?
Cela dépend du contrat. Les réseaux qui affichent leurs conditions, comme Visual ou Krys Group, expriment leurs parts variables en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes ; Krys Group y ajoute une part fixe annuelle par point de vente. Vérifiez l’assiette exacte dans votre contrat.
Le droit d’entrée d’une franchise est-il amortissable ?
Comptablement, il s’amortit lorsque la durée du contrat est limitée. Fiscalement, l’amortissement n’est déductible que s’il est prévisible, dès l’origine, que ses effets prendront fin à une date déterminée : un contrat à durée fixe sans renouvellement automatique va en ce sens, un contrat reconductible tacitement le rend plus difficile. Le traitement se décide à la lecture du contrat.
Combien de temps faut-il pour ouvrir un magasin d’optique en franchise ?
Le seul délai fixé par la loi est de vingt jours au moins entre la remise du DIP et du projet de contrat et la signature (article L330-3 du Code de commerce). Le reste du calendrier dépend du local, des travaux, du financement et des formalités, en particulier l’enregistrement de l’opticien et les démarches auprès de l’Assurance Maladie pour pratiquer le tiers payant.

Zouhair Habbach
Expert-comptable, fondateur de Capway Finance — le cabinet spécialiste des opticiens et audioprothésistes. Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables de Paris Île-de-France.