Le vieillissement de la population et la réforme du 100 % Santé ont profondément transformé l'audioprothèse. L'accès aux appareils s'est démocratisé, la demande progresse, et ouvrir un centre d'audioprothèse (on parle aussi d'ouvrir un cabinet d'audioprothésiste) attire de plus en plus d'audioprothésistes salariés. Le marché est réellement porteur, et la rentabilité souvent au rendez-vous. Pourtant, l'installation cache un mécanisme financier qu'on ne lit dans presque aucun article, parce que l'immense majorité des contenus en ligne s'adressent aux patients, pas aux professionnels qui montent leur activité : un centre peut être parfaitement rentable sur le papier et se retrouver en tension de trésorerie dès les premiers mois.
Ce guide, écrit par un cabinet d'expertise comptable spécialisé sur les métiers de l'audition, part de ce point aveugle. Il prend le problème par l'angle qui compte pour un dirigeant : la faisabilité économique. Combien coûte réellement une installation, quel chiffre d'affaires et quelles marges attendre, comment financer le projet, et surtout pourquoi la trésorerie est le vrai juge de paix. Les chiffres cités proviennent de l'analyse sectorielle de l'Ordre des experts-comptables (CNOEC, 2025), l'une des références les plus récentes et documentées sur le secteur. Le fil rouge reste le même d'un bout à l'autre : la trésorerie.
Un marché porteur, mais de plus en plus concurrentiel
Les chiffres justifient l'appétit pour l'installation. La France comptait 7 977 centres d'audioprothèse fin 2024, soit trois fois plus qu'en 2005, selon l'analyse sectorielle de l'Ordre des experts-comptables (CNOEC, 2025). Le parc s'est développé au rythme de 5 % par an sur vingt ans, et de plus de 7 % par an depuis la mise en place du 100 % Santé, avec plus de 500 nouveaux points de vente ouverts sur la seule année 2024. En valeur, le marché pèse 1 952 millions d'euros de consommation, pour environ 1,58 million d'appareils écoulés par les fabricants (données Snitem).
La demande structurelle est forte. Les personnes de 60 ans et plus représenteront plus d'un tiers de la population à l'horizon 2070, contre environ 28 % aujourd'hui. Environ 6,5 millions de Français sont concernés par des troubles de l'audition, et l'âge moyen du premier appareillage est de 71 ans. Surtout, un gisement reste peu exploité : les 20-64 ans, dont les pertes auditives légères sont fréquentes mais encore rarement corrigées. Selon le CNOEC, le taux d'équipement des 45-64 ans malentendants est passé de 21,2 % en 2012 à 46,8 % en 2025, et la marge de progression demeure considérable.
Le revers de cette dynamique, c'est la densification. Les vingt premières enseignes rassemblent aujourd'hui plus de 70 % des points de vente, et plus des trois quarts des centres opèrent sous enseigne. Les groupes d'optique montent en puissance : ils sont à l'origine des deux tiers des nouvelles implantations réalisées par les enseignes leaders sur la seule année 2024. Autrement dit, ouvrir un centre reste attractif, mais l'installation d'un indépendant isolé se joue désormais face à des réseaux structurés. Cela renforce l'exigence d'un montage financier propre, sujet que nous accompagnons sur la page dédiée aux audioprothésistes.
Le budget réel pour ouvrir un centre
Première erreur classique : raisonner en coût d'équipement au lieu de raisonner en coût d'installation complet. Le matériel n'est qu'une partie de la facture. Il n'existe pas de montant unique : tout dépend de la surface, de l'emplacement, du niveau d'équipement et surtout du besoin en fonds de roulement. Voici les grandes masses à budgéter.
| Poste | Ce qu'il recouvre | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Local commercial | Bail, dépôt de garantie, travaux, agencement, mise en accessibilité PMR | La réglementation impose une salle de mesures d'un volume utile minimum de 15 m³ et une acoustique maîtrisée (bruit ≤ 40 dB(A)), pas une surface plancher chiffrée en m². |
| Équipement technique | Audiomètre, cabine ou local insonorisé, matériel de mesure, poste informatique et logiciels métier | Investissement lourd. Amortissable ; l'audiomètre ne figure toutefois pas parmi les biens éligibles à l'amortissement dégressif et s'amortit en mode linéaire (art. 39 A du CGI). |
| Stock initial | Aides de classe I (100 % Santé) et de classe II, accessoires, embouts | Nombreuses références, obsolescence technologique rapide : c'est le premier composant du besoin en fonds de roulement. |
| Besoin en fonds de roulement | Financement du décalage entre vos décaissements et vos encaissements | Le poste le plus systématiquement sous-évalué. C'est le cœur de cet article. |
Deux idées reçues méritent d'être écartées d'emblée, car beaucoup de contenus les véhiculent. D'abord, la contrainte réglementaire sur le local porte sur le volume, non sur une surface plancher exprimée en mètres carrés : une salle de mesures d'au moins 15 m³, un niveau de bruit inférieur à 40 dB(A) et une salle d'attente distincte. Les surfaces « minimales » que l'on croise en ligne (type « 17 m² ») n'ont donc pas de fondement réglementaire propre. Ensuite, contrairement aux pharmacies, aucune règle de distance n'encadre l'implantation d'un centre : le secteur est en libre densification, et s'installer à proximité d'autres commerces de santé est même une stratégie assumée par certaines enseignes. Le principal filtre à l'entrée de la profession tient à la qualification (numerus clausus de formation), complétée par l'enregistrement auprès de l'ARS et l'aménagement conforme du local, pas à une régulation géographique.
Avant tout chiffrage, une étude de marché sérieuse s'impose : population de la zone, présence de médecins prescripteurs (la délivrance est soumise à prescription médicale préalable et obligatoire) et environnement concurrentiel. C'est la base d'un business plan crédible, celui qui dimensionne l'apport, convainc la banque et anticipe le point bas de trésorerie.
Quel statut juridique pour un centre d'audioprothèse
L'audioprothésiste occupe une position hybride : il est à la fois auxiliaire médical réglementé et commerçant, puisqu'il vend des appareils, des accessoires et des piles. Cette double nature a une conséquence fiscale directe.
Malgré le caractère réglementé de la profession, les résultats relèvent de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et non des bénéfices non commerciaux, en raison de la nature commerciale de l'activité (CNOEC, 2025). Cela emporte des effets concrets : les matériels sont amortissables, mais l'audiomètre ne figure pas parmi les biens éligibles à l'amortissement dégressif, réservé à une liste limitative de biens (art. 39 A du CGI et art. 22 de l'annexe II) : il doit donc être amorti en mode linéaire.
Sur la forme d'exercice, deux repères. La micro-entreprise est inadaptée à un vrai centre : elle plafonne le chiffre d'affaires bien en dessous du niveau d'activité, interdit la récupération de la TVA sur des investissements lourds et ne permet pas de déduire les charges réelles (loyer, stock, matériel, salaires). Pour une activité qui immobilise autant de capital, ce cadre est structurellement disqualifiant. En pratique, le choix se joue entre l'entreprise individuelle et la société.
| Critère | Entreprise individuelle | Société (SARL, SAS) |
|---|---|---|
| Régime fiscal du bénéfice | BIC, imposition à l'IR | IS (option IR possible sous conditions) |
| Protection sociale du dirigeant | Travailleur non salarié | TNS (gérant majoritaire de SARL) ou assimilé salarié (président de SAS) |
| Entrée d'associés, levée de fonds | Difficile | Adaptée |
| Transmission, cession | Moins souple | Plus souple (cession de titres) |
| CA moyen constaté (CNOEC 2025) | 247 431 € | 933 616 € |
L'écart de chiffre d'affaires moyen entre les deux formes n'est pas anodin : il reflète le fait que les projets ambitieux, multi-praticiens ou multi-sites, passent presque systématiquement par une structure sociétaire. Le bon arbitrage dépend de votre projet patrimonial, de votre besoin de rémunération et de votre statut social souhaité : c'est une décision à cadrer avec votre expert-comptable, pas une règle universelle. Point social à connaître : aucune convention collective de branche n'est spécifiquement dédiée à la profession (la CCN Négoce et prestations de services dans les domaines médico-techniques, IDCC 1982, exclut d'ailleurs expressément l'audioprothèse de son champ). La convention réellement applicable dépend donc de l'activité principale de l'employeur : souvent l'optique-lunetterie de détail (IDCC 1431) pour un centre adossé à une enseigne d'optique, à défaut le seul droit du travail complété par les éventuels accords d'entreprise.
Le vrai sujet dont personne ne parle : le décalage de trésorerie
Voici le cœur du métier, et la raison pour laquelle un centre rentable peut manquer de cash. L'argent rentre bien après que les dépenses sont engagées. Trois mécanismes se cumulent.
La vente à l'essai retarde la comptabilisation même du chiffre d'affaires
La réglementation impose une période d'essai gratuite de 30 jours minimum avant achat, systématique, sans aucune exception possible, même en cas d'accord écrit du patient. Or, sur le plan comptable, cet essai n'est pas un détail. Selon l'article 1588 du Code civil, « la vente faite à l'essai est toujours présumée faite sous une condition suspensive ». La vente n'est donc pas effective, et le produit correspondant ne peut pas être comptabilisé tant que la condition suspensive n'est pas réalisée, c'est-à-dire tant que le patient n'a pas confirmé l'achat.
Traduction concrète : pendant tout l'essai, l'appareil sort de votre stock, il est chez le patient, votre trésorerie a déjà supporté le coût d'achat auprès du fabricant, et pourtant vous n'avez ni chiffre d'affaires acquis, ni encaissement. Toute somme éventuellement perçue par avance relève d'un produit constaté d'avance, pas d'une vente réalisée.
Le tiers payant transforme la vente en créance, pas en encaissement
Une fois l'achat confirmé, un second décalage démarre. Avec la généralisation du tiers payant et du 100 % Santé, le patient ne règle plus qu'une part réduite, parfois nulle : la part financée par les ménages a été plus que divisée par deux entre 2019 et 2024 (de 56,8 % à 25 %). La contrepartie de la vente n'est donc pas une entrée de trésorerie, mais une créance : une créance sur la Caisse d'Assurance maladie pour la part obligatoire, et une créance sur la mutuelle pour la part complémentaire. Vous avez vendu, vous avez livré, mais vous attendez d'être payé par des organismes tiers.
Le parcours ressemble à ceci :
| Étape | Nature de l'acte | Effet sur la trésorerie |
|---|---|---|
| 1. Prescription médicale | Consultation ORL ou médecin habilité | Aucun encaissement |
| 2. Devis normalisé signé | Devis obligatoire proposant une offre de classe I | Aucun encaissement, aucune vente |
| 3. Essai de 30 jours minimum | Appareil confié au patient, condition suspensive | Sortie de stock, décaissement fournisseur, toujours aucun chiffre d'affaires |
| 4. Facturation définitive | Achat confirmé, vente enfin comptabilisable | Naissance de créances sur la Sécu et la mutuelle |
| 5. Règlement des organismes | Virements Assurance maladie puis complémentaire | Premier encaissement réel : part obligatoire souvent réglée en quelques jours grâce à la télétransmission, part complémentaire plus variable selon la mutuelle |
Le suivi de ces créances est une comptabilité auxiliaire à part entière. L'analyse sectorielle du CNOEC souligne qu'elle est nécessaire mais pas toujours aisée à mettre en place, car les organismes regroupent fréquemment plusieurs dossiers clients sur un même virement, ce qui complique le lettrage et le repérage des impayés ou des rejets. Une créance mal rapprochée, c'est un encaissement qu'on croit reçu alors qu'il ne l'est pas.
Trois freins qui se cumulent
Additionnez le délai d'essai incompressible, la complexité de la facturation multi-régimes (Assurance maladie, mutuelles, complémentaire santé solidaire) et les délais de règlement des organismes, et vous obtenez un cycle d'encaissement long alors que vos charges, elles, tombent tous les mois : loyer, salaires, remboursement d'emprunt, réapprovisionnement du stock. C'est ainsi qu'un centre bénéficiaire à la clôture peut vivre en tension de trésorerie tout au long de l'exercice. Ce que cela impose au montage :
- Chiffrer le besoin en fonds de roulement pour ce cycle précis, et non appliquer un ratio générique. À titre de repère, le BFR mesuré par le CNOEC sur les sociétés du secteur tourne autour de 24 jours de chiffre d'affaires, avec une rotation des stocks d'environ 82 jours d'achats et un crédit clients de 32 jours de CA : c'est un capital immobilisé permanent, pas une variable d'ajustement.
- Négocier une ligne de trésorerie dès le montage bancaire, quand vous avez encore un pouvoir de négociation, et non en urgence six mois après l'ouverture.
- Mettre en place un suivi rigoureux des facturations et des rejets dès le premier jour, car chaque dossier mal télétransmis est un encaissement qui glisse de plusieurs semaines.
Rentabilité : ce que disent les chiffres de l'Ordre
La bonne nouvelle : la profession dégage des marges solides. C'est là que les données du CNOEC changent la donne, car elles offrent des repères sourcés que peu de porteurs de projet ont sous les yeux. Une précaution de lecture toutefois : ces moyennes couvrent un périmètre comptable large (produits médicaux et orthopédiques) et servent d'ordre de grandeur, pas de garantie.
| Indicateur (2024, en % du CA) | Entreprise individuelle | Société |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires moyen | 247 431 € | 933 616 € |
| Marge (brute / commerciale) | 64,7 % | 38,4 % |
| Valeur ajoutée | 42,3 % | 35,8 % |
| Charges de personnel | 16,8 % | 26,8 % |
| Excédent brut d'exploitation | 19,4 % | 8,4 % |
| Résultat (ou équivalent) | 11,2 % | 4 % |
Source : analyse sectorielle de l'Ordre des experts-comptables (CNOEC, 2025).
Plusieurs enseignements pour un dirigeant. D'abord, le poids de la masse salariale est le premier facteur qui écrase le résultat des sociétés : les frais de personnel du secteur sont supérieurs d'environ 15 points à ceux de l'ensemble du commerce de détail. Une société qui recrute plusieurs audioprothésistes doit générer un volume suffisant pour absorber ce coût. Ensuite, l'écart de résultat entre entreprise individuelle (11,2 %) et société (4 %) s'explique largement par la structure : en entreprise individuelle, l'indicateur correspond au résultat courant cotisations de l'exploitant déduites, une part de la rémunération du dirigeant n'apparaissant pas en charges de personnel. Ce n'est pas une marge nette classique.
Enfin, la conjoncture 2024 invite à la prudence : chez les sociétés, si le chiffre d'affaires est resté stable (+0,3 %), l'excédent brut d'exploitation a reculé de 7,4 % et le résultat courant de 13,6 %, sous l'effet de la hausse des charges de personnel et de la pression sur les prix. La rentabilité d'un centre se pilote donc au taux de marge et à la maîtrise des charges, pas seulement au chiffre d'affaires. Le CNOEC ne publie pas de seuil de rentabilité type : ce point mort doit se calculer sur votre propre projet, dans un prévisionnel qui distingue clairement le résultat comptable de la trajectoire de trésorerie.
Financer son installation en 2026
Le coût d'acquisition ou de création est élevé, ce qui rend le plan de financement décisif. Le CNOEC insiste sur un point : un apport personnel consistant est indispensable, et la banque examinera d'abord votre capacité à honorer vos engagements financiers. Voici les principaux leviers à combiner.
| Levier | Intérêt | À savoir |
|---|---|---|
| Prêt bancaire professionnel | Finance le gros de l'investissement (matériel, fonds, travaux, une partie du BFR) | Peut être adossé à une garantie publique ; la solidité de votre business plan et de votre apport conditionne le taux et le montant. |
| Prêt d'honneur | Renforce l'apport personnel, souvent à taux zéro | Accordé à titre personnel par des réseaux d'accompagnement, il a un effet de levier sur le prêt bancaire (dispositif de droit commun, non spécifique au secteur). |
| Aides et dispositifs ciblés | Allègent certains postes (embauche, accessibilité, apprentissage) | Le CNOEC recense par exemple une aide à l'embauche en apprentissage et un fonds territorial d'accessibilité ; ces dispositifs évoluent et sont à vérifier à date, selon votre zone. |
Créer ou reprendre un centre auditif : deux logiques financières distinctes. La création n'est pas la seule voie. Reprendre un centre auditif existant permet de racheter une patientèle et un chiffre d'affaires déjà installés, ce qui réduit le risque commercial de démarrage, mais déplace la difficulté vers la valorisation du fonds (ou des titres) et l'audit des créances de tiers payant en cours. Le prix se justifie alors sur la récurrence du suivi et la qualité du portefeuille clients, pas seulement sur le CA affiché : un travail d'analyse qui relève pleinement de votre expert-comptable.
La règle d'or reste de ne pas confondre financement de l'investissement et financement du cycle d'exploitation. Beaucoup de dossiers financent parfaitement le matériel et le local, puis oublient le besoin en fonds de roulement lié au tiers payant. Le bon financement n'est pas le plus gros montant, mais celui qui préserve votre trésorerie sur les douze premiers mois. Nous détaillons les montages sur la page financement.
Indépendant ou franchise : un arbitrage financier avant tout
Plus des trois quarts des points de vente audio opèrent aujourd'hui sous enseigne. La question est donc incontournable, sans réponse universelle : l'arbitrage dépend de votre appétence pour l'autonomie, de votre accès aux financements et de votre capacité à absorber le risque commercial.
| Critère | Indépendant | Franchise ou réseau |
|---|---|---|
| Marge | Vous conservez l'intégralité de la marge | Redevances et politique tarifaire du réseau réduisent la marge unitaire |
| Accompagnement | À construire seul (achats, notoriété, procédures) | Centrale d'achats, formation, outils et process fournis |
| Liberté commerciale | Totale sur l'offre, les prix et la communication | Encadrée par le cadre de l'enseigne |
| Relation bancaire | Dossier porté seul, apport souvent plus exigé | L'enseigne peut faciliter l'accès au financement |
| Trésorerie de démarrage | À financer intégralement par vos soins | Le soutien du réseau peut lisser le point bas, sans le supprimer |
Un point à garder en tête : quel que soit le modèle, le décalage de trésorerie du tiers payant reste le même. La franchise peut aider à mieux le supporter au démarrage, elle ne le fait pas disparaître. L'arbitrage se raisonne à partir de votre prévisionnel : à quel niveau de volume la redevance devient-elle un frein plutôt qu'un accélérateur ?
Les points que votre expert-comptable surveille de près
Au-delà du montage, quelques spécificités techniques font la différence entre un dossier propre et un dossier qui se paie en redressement ou en tension.
- La TVA à deux régimes. Les aides auditives inscrites à la liste des produits remboursables (ou titulaires du marquage CE, par tolérance) relèvent du taux réduit de 5,5 %, de même que certains accessoires et pièces détachées spécifiques. Les prestations de soins sont exonérées de TVA. En revanche, les piles et accumulateurs relèvent en principe du taux normal de 20 % : seules les piles remboursables au titre de la LPP, exclusivement conçues pour une prothèse auditive (piles « zinc-air »), bénéficient du taux réduit de 5,5 %, et les piles livrées avec l'appareil peuvent, par tolérance, suivre le taux de celui-ci. Une facturation qui applique le mauvais taux au mauvais produit est une erreur fréquente et coûteuse.
- La reconnaissance du revenu et les produits constatés d'avance. Le suivi d'un appareil s'étale dans le temps : la prestation inclut les séances de réglage et de contrôle aux 3e, 6e et 12e mois, puis au moins deux séances par an pendant toute la durée de vie de l'appareil. Le rattachement correct des produits et des charges suppose de traiter proprement l'essai, les avances et cette prestation de suivi. Rappelons que la prise en charge du renouvellement par la Sécurité sociale n'intervient pas avant quatre ans (et non six) après la délivrance, avec une garantie fabricant minimale de quatre ans.
- L'exhaustivité des recettes et la vigilance fraude. Le CNOEC recommande un contrôle régulier du taux de marge brute pour vérifier la cohérence des recettes, et rappelle que les contrôles se durcissent, y compris de la part des mutuelles. Le respect scrupuleux des règles de facturation n'est pas seulement une question de conformité : c'est une condition de pérennité.
- La CFE. Relevant des BIC, les audioprothésistes ne bénéficient pas de l'exonération temporaire de cotisation foncière des entreprises réservée aux auxiliaires médicaux imposés en BNC. Ce poste est à intégrer au prévisionnel.
Ce sont exactement les sujets sur lesquels un cabinet spécialisé apporte une valeur mesurable, en sécurisant vos tableaux de bord et en éclairant vos arbitrages fiscaux plutôt que de les découvrir lors d'un contrôle. Le détail de nos accompagnements figure sur la page tarifs.
En résumé
Le marché de l'audioprothèse est porteur, tiré par le vieillissement, le 100 % Santé et un vivier d'actifs encore peu équipés, et la rentabilité peut être au rendez-vous, sous réserve d'un montage financier maîtrisé. Mais ouvrir un centre est un projet de chef d'entreprise, pas seulement de praticien : l'installation ne se joue pas sur le seul budget d'équipement, elle se gagne sur la trésorerie. La vente à l'essai retarde la comptabilisation du chiffre d'affaires, et le tiers payant transforme vos ventes en créances encaissées avec délai. Un centre peut donc être bénéficiaire et pourtant sous tension. Anticiper le besoin en fonds de roulement, sécuriser une ligne de trésorerie dès le montage et piloter finement la facturation multi-régimes sont les vrais facteurs de réussite, avant même le choix entre indépendant et franchise.
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Cet article a une portée informative générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chaque situation appelle une analyse dédiée avec votre expert-comptable.
Questions fréquentes
Quel budget faut-il pour ouvrir un centre d'audioprothèse ?
Il faut raisonner en coût d'installation complet, pas seulement en matériel : local et travaux, équipement technique (audiomètre, cabine insonorisée, logiciels), stock initial d'appareils de classe I et II, et surtout besoin en fonds de roulement. Ce dernier poste, lié au décalage du tiers payant, est le plus souvent sous-estimé. Le montant exact dépend de votre zone, de votre local et du modèle choisi : il se chiffre dans un prévisionnel dédié.
Un centre d'audioprothèse est-il rentable ?
Oui, la profession dégage des marges solides. L'analyse sectorielle de l'Ordre des experts-comptables (CNOEC, 2025) situe le résultat moyen 2024 à 11,2 % du chiffre d'affaires en entreprise individuelle et 4 % en société, pour un chiffre d'affaires moyen de 247 431 € et 933 616 € respectivement. La rentabilité dépend fortement de la maîtrise de la masse salariale et du taux de marge, et la rentabilité comptable ne garantit pas la trésorerie.
Peut-on ouvrir un centre d'audioprothèse en micro-entreprise ?
Ce n'est pas adapté à un vrai centre. Le régime micro plafonne le chiffre d'affaires trop bas, ne permet ni la déduction des charges réelles (loyer, salaires, achat d'appareils), ni l'amortissement du matériel, ni la récupération de la TVA sur les investissements. L'activité relève des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et le choix se fait généralement entre entreprise individuelle et société.
Quelle TVA s'applique aux appareils auditifs ?
Les aides auditives remboursables (ou marquées CE) relèvent du taux réduit de 5,5 %, tout comme certains accessoires spécifiques. Les prestations de soins sont exonérées de TVA. Les piles et accumulateurs relèvent en principe du taux normal de 20 %, sauf les piles « zinc-air » remboursables au titre de la LPP, à 5,5 %. La rigueur de la facturation par produit est essentielle pour éviter tout redressement.
Pourquoi un centre rentable peut-il manquer de trésorerie ?
À cause d'un double décalage. D'abord la période d'essai de 30 jours minimum obligatoire, pendant laquelle la vente ne peut pas être comptabilisée (condition suspensive de l'article 1588 du Code civil). Ensuite le tiers payant, qui transforme la vente en créance sur l'Assurance maladie et la mutuelle, encaissée après le délai de traitement des organismes. Vos charges, elles, tombent chaque mois.
Vaut-il mieux ouvrir en indépendant ou en franchise ?
Il n'y a pas de réponse universelle. L'indépendant conserve l'intégralité de sa marge et sa liberté commerciale, mais porte seul les achats, la notoriété et le risque de démarrage. La franchise apporte centrale d'achats, formation et parfois un accès facilité au financement, en contrepartie de redevances et d'un cadre commercial. Dans les deux cas, le décalage de trésorerie du tiers payant reste identique : l'arbitrage se tranche sur votre prévisionnel, au niveau de volume où la redevance cesse d'être un accélérateur.
Faut-il s'installer à distance d'un autre audioprothésiste ?
Non, aucune règle de distance minimale ni de proximité interdite ne s'applique à la profession, contrairement aux pharmacies. Le principal filtre à l'entrée tient à la qualification (numerus clausus de formation), à l'enregistrement auprès de l'ARS et à l'aménagement conforme du local, pas à une régulation géographique. Une étude de marché sérieuse reste toutefois indispensable pour valider le potentiel de votre zone.

Zouhair Habbach
Expert-comptable, fondateur de Capway Finance — le cabinet spécialiste des opticiens et audioprothésistes. Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables de Paris Île-de-France.